lundi , 20 janvier 2020
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Haro contre le carnage foncier au Walo

Le Mouvement citoyen contre l’accaparement et l’aliénation des terres du Walo (MAAT-WALO), dans un mémorandum adressé aux institutions de la République dont le président Macky Sall, déplore le carnage foncier dont ils sont victimes.

La région naturelle du Walo (Dagana, Saint-Louis et Podor, serait confrontée à des problèmes découlant d’une occupation massive et anarchique de ses terres de culture, d’élevage et de pêche, par un phénomène d’accaparement et de spoliation sans commune mesure.

30 millions d’hectares vendus en 10 ans

Selon deux études récentes de l’organisation internationale non-gouvernementale GRAIN basée à Barcelone en Espagne et du CIRAD (Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement) en France, 30 millions d’hectares de terres ont été vendus en 10 ans dans le monde, entre 2006 et 2016, dont 43% des transactions concernaient les pays d’Afrique.

Par une gymnastique de jeux d’écritures bancaires, le Collectif constate qu’on vient de vendre des terres en zone de terroir, avec des villages qui y sont, à un privé, qui peut à tout instant faire procéder légalement, avec l’appui des forces de l’ordre, au déguerpissement de ces villages, ainsi qu’au rasement de leurs cimetières, mosquées et habitations.

« Une même grande société de la place aurait d’ailleurs, selon nos informations, fait déposer par l’intermédiaire de ses conseillers juridiques, cinq cautions d’un milliard (1.000.000.000) de FCFA chacune (donc 5 milliards au total), pour s’assurer sans risque, l’adjudication dudit terrain. »

Et de révéler un second scandale en gestation dans la même zone du Lac de Guiers, avec l’accaparement de 1.700 hectares de terres octroyés à l’opérateur économique Abdou Hafiz Fakih, propriétaire d’un restaurant à Dakar, qui voulait à l’origine y construire un centre touristique au bord du lac de Guiers.

« Ce terrain a été ensuite illégalement transféré à son fils Rabih Fakih, qui prétend vouloir maintenant y faire un projet agricole. Il a déposé une demande de transformation de la délibération du conseil rural en bail emphytéotique auprès du Ministère de l’économie et des finances. Les villages situés dans ce site (Villages de Saneinte, Pomo) s’opposent à cet opérateur économique. »

Au-delà, selon les plaignants, le Walo fait face à plusieurs autres cas de spoliation et d’accaparement par des étrangers dans la commune de Mbane.

L’équivalent de la surface de Dakar cédé à 300 milliards

« Le plus spectaculaire de ces scandales, est l’octroi de cinquante mille (50.000) hectares à une personne morale. Cette surface correspond à la surface de toute la région de Dakar, de Ngor jusqu’à Sébikotane ! La valeur vénale de ce terrain est aujourd’hui de trois cents (300) milliards de FCfa ! Ces exemples sont loin d’être exhaustifs. Nous nous trouvons donc devant un phénomène dont l’ampleur ne peut être cernée avec exactitude, qu’après un audit sérieux et inclusif des terres concernées, de toutes les délibérations et titres de propriété délivrés à des tiers », regrettent-ils.

« Ce projet de Senhuile est un échec patent »

« D’autres cas d’accaparement et de spoliation sont une source importante d’inquiétude et concerne le cas de SENHUILE S.A., ayant bénéficié de vingt mille (20.000) hectares de terres, après avoir été chassée de Fanaye-Dieri. Cette société au profit de laquelle, la réserve du Ndiaël classée depuis 1965, a été déclassée, a fait déguerpir 37 villages Peulhs, sans jamais initier un projet digne de ce nom. Ce projet de Senhuile est un échec patent. Pendant ses 7 années d’existence sur le sol sénégalais, elle n’a pas produit de tournesol comme promis. Au contraire, elle a préféré louer des terres aux paysans et éleveurs qu’on a chassé de leurs terres ancestrales, ce qui est formellement interdit par la loi sur le Domaine National et constitue un motif de résiliation du bail. Devant la levée de bouclier des Walo-Walo, l’entreprise a « généreusement » rétrocédé 10.000 hectares aux populations des communes de Rokh et Gnith, pour sauver les autres 10.000 hectares qui restent et y inscrire un droit de bail. Toute cette gymnastique n’est que spéculation ! Le Walo veut recouvrer l’intégralité des 20.000 hectares spoliés ! »

Pour eux, la politique d’occupation des terres par la Compagnie Sucrière Sénégalaise (CSS), sans aucune mesure d’endiguement, constitue pour tout le Walo un handicap majeur et un danger permanent.

« Toutes les bonnes terres sont accaparées par la CSS »

« Toutes les bonnes terres ciblées jadis par les Français pendant la colonisation agricole, à savoir les meilleures terres fertiles au bord du fleuve Sénégal et du Lac de Guiers, sont accaparées par la CSS. Le drainage de ses eaux usées et d’irrigation sans traitement préalable par une station d’épuration, directement dans le Lac de Guiers et la Taouey, qui approvisionnent en eau potable les régions de Saint-Louis, Louga, Thiès, Dakar, entre autres, constitue une grande source de pollution qui met en danger nos ressources halieutiques et la santé de millions de Sénégalais. Il est grand temps, qu’un audit exhaustif soit fait sur les terres occupées réellement par la CSS dans le Département de Dagana, ainsi que la conformité et la légalité de cette occupation par rapport aux lois et au contrat signé avec l’Etat du Sénégal. La publication du contrat entre l’Etat du Sénégal et la CSS, depuis presque 40 ans d’existence, est devenue une demande sociale et populaire impérative ! », clame le MAAT-Walo.  

La loi sur le Domaine national ignorée

A leurs yeux, dans toutes ces transactions passées et en cours, les dispositions de la Loi N°64-46 du 17 juin 1960 relative au Domaine National, ont été complètement ignorées.

Car la loi sur le Domaine National stipule en son article 8, de manière on ne peut plus plausible, que « Les terres de la zone des terroirs sont affectées aux membres des communautés rurales qui assurent leur mise en valeur et les exploitent sous le contrôle de l’Etat et conformément aux lois et règlements ». En son article 13, elle ajoute en outre, que « l’Etat ne peut requérir l’immatriculation des terres du Domaine National constituant des terroirs affectés par décrets en vertu de l’article 11, que pour la réalisation d’opérations déclarées d’utilité publique ».

En outre, le décret N°72-1288 du 27 octobre 1972 relatif aux conditions d’affectation et de désaffectation des terres du Domaine National comprises dans les communautés rurale, précise que « l’affectation ne confère qu’un droit d’usage. Les terres affectées ne peuvent faire l’objet d’aucune transaction et notamment d’aucune vente ou contrat de louage ».

Le Mouvement en appelle au président de la République, à la jonction de toutes les forces vives du Walo, mais également aux députés de l’Assemblée nationale, aux membres du CESE et du HCCT, au Médiateur de la République, aux Organisations non-gouvernementales, nationales et internationales, aux Organisations des Droits de l’Homme, pour mettre fin à ces pratiques mafieuses.

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