mardi , 19 novembre 2019
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Le recyclage, la récompense des ordures

La difficile problématique de la gestion des ordures, d’un enjeu crucial partout en Afrique, conduit à moins prendre en compte la question du recyclage, une activité exigeante et parfois complexe, mais dont profitent plusieurs acteurs ou personnes qui en tirent des revenus conséquents au Sénégal.

Rien ne le laisse penser mais le recyclage des déchets plastiques, électroniques ou biomédicaux est une activité qui peut parfois s’avérer très rentable, laissent entendre des acteurs publics et privés interrogés par l’APS.

Ces structures font dans le même temps œuvre de salubrité publique, en contribuant à débarrasser la ville de déchets parfois tellement nuisibles à l’hygiène publique et à la santé.

Certaines personnes en ont fait leur gagne-pain, profitant de l’or caché sous de véritables mines urbaines, même à leurs risques et périls parfois.

Concernant le recyclage des déchets sanitaires par exemple, la classification appliquée en la matière fait une nette distinction entre les déchets à haut risque, extrêmement dangereux et les ordures assimilées à l’activité des ménages, dont la gestion relève des compétences de l’UCG, l’Unité de coordination de la gestion des déchets solides.

« Nous formons des prestataires qui trient les déchets pour les mettre dans des sachets appropriés, notamment les sachets jaunes pour des déchets à haut risque, le rouge pour ceux qui sont extrêmement dangereux et le noir pour les ordures assimilées aux ménages », explique la directrice qualité, sécurité et hygiène hospitalière au ministère de la Santé et de l’Action sociale, docteur Ndella Ndiaye Konaté.

Pour éviter tout risque d’infection, il est aménagé dans chaque structure sanitaire, des endroits appropriés pour le tri et l’incinération des déchets sanitaires.

Elle souligne que les déchets assimilés aux ordures ménagères exclus, les déchets biomédicaux ne sont pas tous recyclables, compte tenu des risques d’infection.

« Le ministère de la Santé travaille en collaboration avec celui de l’Environnement avant de mettre des unités de traitement en place en vue d’éviter tout risque lié à l’environnement », note docteur Ndella Ndiaye Konaté.

Dans ce cadre, le ministère de la Santé et de l’Action sociale travaille de concert avec la Banque mondiale pour obtenir des broyeurs stérilisateurs « dernier cri », la politique actuellement mise en œuvre par ce département ministériel étant selon elle de mutualiser les traitements de déchets.

Les déchets biomédicaux notamment les compresses et autres, étant pour la plupart extrêmement dangereux, leur centre de stockage et d’incinération demeure bien sécurisé pour éviter toute contagion et protéger la population.

Un nouveau modèle de gestion des déchets électroniques proposé par l’ADIE

Contrairement aux déchets biomédicaux, les résidus de matériels électroniques sont tous recyclables, indiquent des spécialistes.

Cela n’enlève en rien cependant au fait qu’ils peuvent être tout aussi dangereux pour la population, car contenant certaines matières comme le plomb, le mercure, le chrome et autres composants cancérigènes.

Pour pallier ces risques, l’Agence de l’informatique de l’Etat (ADIE) propose un nouveau modèle de gestion de ces types de déchets, en gérant les matières plus valorisables.

A travers sa direction en charge de la solidarité, cette agence publique, en collaboration avec une structure européenne spécialisée en gestion de ce genre de déchets, forme avec certification des agents au recyclage des déchets électroniques, notamment des personnes vivant avec un handicap.

Elle envisage également de mettre en place une usine de recyclage pour renforcer le package des déchets, notamment ménagers par le biais d’une sensibilisation grand public. Plus de 50 tonnes de déchets sont recyclés et traités chaque année par cette direction de l’ADIE.

« Nous avons remarqué qu’avec l’avancement technologique, les déchets électroniques et électriques apparaissent de manière exponentielle au Sénégal. Les importations ont augmenté dans la période quinquennale de 2013 à 2017, de 70 à 275% du nombre de kilogrammes d’équipements électroniques et électriques », explique Cheikhou Gassama, chef de division du projet E-déchet à l’ADIE.

Il reste que selon lui, les déchets électroniques et électriques renferment d’abord des substances valorisables, comme le fer, le cuivre, l’or ou l’aluminium.

« Autant des raisons de recycler des déchets, dit-il, car ce sont des mines urbaines, mais parallèlement, ces équipements renferment également des substances particulièrement alcalines comme le phosphore, etc. »

Si le recyclage ne se fait pas dans les normes requises, prévient M. Gassama, ces substances alcalines peuvent causer des problèmes sanitaires et des dommages à l’environnement.

« Au Sénégal, il y a le secteur informel qui s’active dans le domaine du recyclage. Tout en gagnant leur vie dans ce domaine », ces acteurs « laissent les substances non valorisantes à la portée de tous, ce qui constitue un risque pour eux et la population », ajoute-t-il.

Cheikhou Gassama signale que les déchets électroniques, une fois recyclés, sont envoyés dans des établissements scolaires par exemple, pour servir d’outils de formation aux apprenants.

Certains déchets non récupérables, une fois démantelés, sont rapidement convoyés sur les sites de certaines entreprises privées pour être vendus.

« Nous préconisons la professionnalisation du secteur, la prolifération des filières de recyclage, ainsi que la mise en place d’une grande unité de recyclage des équipements électroniques qui pourra gérer toute la sous-région », déclare-t-il.

Il annonce que ce projet a été soumis à un organisme onusien pour son financement.

Les déchets plastiques, risque maîtrisable

Les pièces des déchets dangereux étant très coûteux, leur recyclage ne se fait pas au Sénégal, mais en Europe une fois triées, afin qu’elles y soient détruites, selon le chef de division du projet E-déchet à l’Agence de l’informatique de l’Etat.

Comme pour les autres ordures, le traitement des déchets plastiques présente également des risques sanitaires, mais maîtrisables lorsque les mesures d’hygiène sont prises, assurent des experts.

Cela encourage plusieurs structures à s’adonner au recyclage, notamment SEN-ECOKAF, une entreprise d’embellissement et de nettoiement de Kaffrine (centre), avec la précaution particulière que cette dernière veille particulièrement à l’application des règles d’hygiène dans la conduite de ses activités.

« Une fois les déchets plastiques récupérés, nous procédons d’abord au tri par couleur, taille, type de famille, etc. Ensuite, les déchets sont fragmentés, découpés, broyés, etc. Certains sont lavés, d’autres sont mis en sac ou en atelier [pour la fabrication] d’autres produits », explique le directeur général de SEN-ECOKAF, Abdou Lahad Ndao.

Selon lui, le recyclage des déchets plastiques reste un procédé de traitement des matériaux permettant de réintroduire la matière prise en charge, sans destruction de sa structure chimique, dans la production d’un nouvel objet.

Il signale qu’il est possible de recycler les déchets en matières plastiques après leur fragmentation ou après leur dissolution.

Dans le cadre du recyclage mécanique, les plastiques utilisés sont des matières triées et non contaminées, fait-il savoir.

S’agissant du recyclage après dissolution, il permet d’utiliser les plastiques contaminés par mélange à d’autres plastiques ou à d’autres déchets.

https://web.facebook.com/senecokaf/posts/2382234158538781

Plusieurs structures privées procèdent à des recyclages des déchets solides, en raison de leur capacité à être revalorisés.

Dans le cas de SEN-ECOKAF, cette structure travaille en collaboration avec des associations et groupement des femmes à travers des campagnes de sensibilisation pour obtenir des matières plastiques, indique M. Ndao.    

La décharge de Mbeubeus, une vraie mine urbaine

Malgré la difficulté de la tâche et la pénibilité de cette activité, le recyclage des déchets reste une source intarissable de revenus pour certaines personnes.

A la célèbre décharge de Mbeubeuss, située à Malika, dans la grande banlieue dakaroise, des jeunes gens et des personnes plus âgées s’activent du matin au soir dans le tri et la collecte d’ordures recyclables.

De loin, les nombreux camions bennes se suivant en file indienne pour déverser leur contenu de déchets collectés partout à Dakar, renseignent sur la grande activité de cette place névralgique de la gestion des ordures dans la capitale sénégalaise.

Sur place, une question d’habitude peut-être, collecteurs et vendeurs semblent peu indisposés par l’odeur particulière des ordures et la fumée provenant de l’incinération de certains déchets sans se plaindre.

« Ce travail est pénible et difficile à accepter pour une personne normale, mais il permet de gagner énormément d’argent. Il m’a permis d’acquérir deux maisons familiales à Dakar et un terrain près de la décharge qui me sert de dépôt », témoigne Ndiaga Guèye, ferrailleur et tenancier d’un dépôt à Mbeubeus.

Se plaignant du fait que lui et ses collègues sont considérés comme des bannis de la société, ce ferrailleur assure se satisfaire de pouvoir gagner en une seule journée, ce qu’un salarié ne peut espérer gagner en un mois.

« Le prix de vente est arbitrairement fixé par les usines, le kg d’ordure peut ainsi fluctuer entre 100 et 130 francs CFA, selon la volonté des uns et des autres, alors que nous l’achetons à 100 FCFA auprès des jeunes collecteurs », poursuit-il.

Les recycleurs peuvent ainsi traiter en moyenne jusqu’à deux tonnes par an, même s’ils se plaignent de la mauvaise foi des usiniers en ce qui concerne la tarification.

« Ma plus grosse vente remonte à l’époque de Wade (l’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade, au pouvoir de 2000 à 2012), comme il y avait une concurrence entre les usines, j’ai eu à ventre une fois en une journée 5 tonnes, soit 1.750. 000 francs CFA », ajoute-t-il.

Abdou Gadjé, jeune collecteur de 17 ans, n’est pas le dernier de Mbeubeuss à se vanter de ses revenus, en moyenne 6 à 7 mille FCFA voire plus de gains par jour.

« L’accès à la décharge est libre. Il faut par contre être un dur à cuir pour y rester, car c’est un milieu empesté de délinquants », témoigne-t-il, évoquant des conditions de travail « exécrables à cause du manque d’équipements ».

Il a toutefois émis le souhait de voir les autorités confier la gestion de cette décharge à des structures formalisées, publiques ou privées, pour s’occuper de la formation et de l’embauche des jeunes.

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