mardi , 15 octobre 2019
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« Il est urgent de renforcer et revoir le financement contre le VIH et la tuberculose » (MSF)

Après une décennie d’efforts dans la lutte contre les épidémies de VIH et de tuberculose, la baisse des financements internationaux et le transfert hâtif de la charge financière aux pays affectés risquent de mettre en péril les progrès réalisés. Mais aussi de mener à un regain de l’épidémie dans certains pays.

C’est ce qui ressort d’un rapport de Médecins Sans Frontières (MSF) publié en vue de la conférence de reconstitution des ressources du Fonds Mondial organisée à Lyon (France) du 9 au 10 octobre.

Baisse du financement

L’objectif d’éradication du VIH et de la tuberculose (TB) est loin d’être atteint : ces maladies tuent ensemble plus de deux millions de personnes par an. Pourtant, pour la première fois depuis plus de dix ans, les financements internationaux et nationaux destinés à lutter contre le VIH ont diminué en 2018, en recul d’un milliard de dollars dans les pays à revenus faibles et intermédiaires. Et le déficit pour les programmes de lutte contre la TB s’est encore creusé pour atteindre 3,5 milliards de dollars par an, selon les chiffres de l’ONU.

« Cette récente tendance à la baisse du financement met la réponse au VIH et à la tuberculose en situation critique. Les résultats obtenus dans des pays tels que le Mozambique, risquent de faire marche arrière, et il existe un risque encore plus élevé de détérioration dans des régions comme l’Afrique de l’Ouest et centrale, où les pays sont plus à la traîne face au VIH et à la tuberculose », informe le Dr Mit Philips, l’une des auteures du rapport.

Basé sur des études menées dans neuf pays où MSF gère des programmes de lutte contre le VIH et la TB, le rapport montre que l’insuffisance de financement international et le manque de ressources disponibles dans les pays provoquent déjà de nombreuses lacunes dans les services de dépistage, de prévention et de prise en charge du VIH et de la TB. Ils entraînent également des ruptures de stock de médicaments essentiels et menacent la survie de programmes destinés aux personnes ayant des besoins spécifiques, telles que les populations clés (hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, personnes transgenres, travailleurs du sexe, consommateurs de drogues injectables…), les migrants et les personnes atteintes du VIH à un stade avancé.

« Chaque jour, les équipes de MSF sur le terrain sont les témoins directs des souffrances et décès des patients atteints de ces maladies traitables », a admis le Dr Maria Guevara, également auteure du rapport.

« Le nombre de personnes bénéficiant d’un traitement antirétroviral à vie continue de croître, mais l’argent disponible ne cesse de se réduire. En l’absence de médicaments ou de services de soutien, beaucoup ne commencent pas leur traitement à temps ou sont obligés de tout abandonner. D’autres doivent puiser dans leurs poches pour ne pas interrompre leur traitement. Tout cela contribue à une transmission accrue, à une mortalité plus élevée, à un plus grand nombre d’échecs thérapeutiques et à une prévalence plus élevée des résistances au traitement – ce qui augmente en retour le coût des soins pour le VIH et la tuberculose », a-t-elle poursuivi.

« Un retour à la réalité s’impose »

Pour MSF, l’impact du déficit de financement pour le VIH et la TB est sous-estimé et risque de s’aggraver, alors que les pays vulnérables luttent déjà pour compenser la baisse de l’aide financière extérieure.

En dépit de la volonté politique affichée, de nombreux pays ne sont pas prêts à assumer cette responsabilité à court terme.

« Certains pays analysés dans ce rapport sont en proie à des conflits ou des problèmes politiques et économique. Pourtant, ils subissent des pressions pour mobiliser rapidement des moyens supplémentaires pour le VIH et la tuberculose, alors que leurs budgets sont déjà restreints et que le financement des donateurs est insuffisant. Un retour à la réalité s’impose », implore Dr Philips.

Ainsi, l’étude demande une évaluation solide de la capacité réelle des pays à augmenter leurs ressources en santé à court terme. Une telle évaluation s’impose au vu de l’impact que les déficits de financements ont sur les patients et sur la capacité des agents de santé à les soigner.

« Surévaluer la capacité d’un pays à mobiliser des ressources nationales met en danger les programmes de santé et la vie des personnes »

« Partager le fardeau du financement avec les pays affectés peut être positif, car cela montre que chacun doit contribuer à l’enveloppe. Mais cette approche doit être adaptée à la réalité de chaque pays. Partager le fardeau ne signifie pas transférer ce fardeau. Surévaluer la capacité d’un pays à mobiliser des ressources nationales met en danger les programmes de santé et la vie des personnes », ajoute le spécialiste.

« Les pays donateurs doivent rapidement inverser le déclin des financements en matière de lutte contre le VIH et la tuberculose et adapter leur approche aux défis auxquels sont confrontés leurs pays partenaires. Ne pas corriger le tir risque de saper les acquis du passé et d’entraîner un regain de l’épidémie qui coûtera de nombreuses vies. La conférence de Lyon doit impérativement mobiliser les fonds nécessaires pour éviter que la réponse ne s’enlise davantage », conclut le Dr Guevara.

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