mardi , 15 octobre 2019
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Niang Kharagne allégorie du reporter qu’il ne faut pas (par Jean Meïssa Diop)

C’est le tollé et l’indignation dans la presse sénégalaise après que le président du Parlement de la Cedeao et son institution aient préféré un snapchatter pour couvrir une session à Monrovia (Libéria) de l’institution sous-régionale ouest-africaine. C’est un « journaliste en-ligne », ainsi qu’on l’a présenté, qui a eu la préférence au détriment de journalistes professionnels rattachés à des rédactions de médias publics et privés. C’est là une nouvelle manche remportée par le journalisme citoyen face au journalisme dit « classique » par ces nouveaux pratiquants qui contestent aux légitimes pratiquants le monopole de la collecte et de la diffusion de l’information. Nous l’avons dit et répété, écrit et répété aussi. Nous y reviendrons plus loin dans ce texte.

On comprend la réaction indignée et navrée du Syndicat des professionnels de l’information et de la communication sociale du Sénégal (Synpics) qui, dans une adresse épistolaire aux autorités du Parlement de la Cedeao prévient qu’elles ont fait un « recel de fonction » et cautionné les agissements d’un « usurpateur de fonction ».

Le secrétariat général du Parlement sous-régional rétorque que c’est plutôt lui qui a des reproches à faire à la presse sénégalaise qui n’a jamais donné suite favorable à des demandes répétées de couverture des activités de l’institution parlementaire. Et que, par voie de conséquence, elle ne devrait pas se plaindre d’avoir été coiffée au poteau par un amateur perçu comme illégitime au regard de la définition universelle du journaliste. Et ainsi, la presse sénégalaise se retrouve comme un rejeté du festin de la « Parabole des Noces ». Cette métaphore de l’Evangile met en scène un roi qui, tenant une réception de mariage de son fils, finit par inviter le tout-venant par dépit pour l’indifférence et l’absence de ceux qui auraient pu être ses hôtes de marque.

Des organes de presse nationale n’auraient pas répondu à des demandes de couverture, demandons-nous. Cela reste à vérifier. Il ne nous souvient pas, nous ne sommes pas au courant non plus, que des médias sénégalais aient décidé, de concert ou à titre individuel, de boycotter une invitation à couvrir une quelconque session du parlement sous-régional.

Celui ou ceux qui a ou ont invité monsieur Niang Kharagne semblent avoir été plus intéressés par les images produites par un franc-tireur et dilettante du… journalisme reporter d’image que par la collecte et diffusion professionnelles d’informations. Un souci narcissique, pour ne pas dire le mot. Une préoccupation satisfaite par un usager du « snapchat », une application gratuite de partage de photos et de vidéos qui accueille des abonnés âgés d’au moins 13 ans. Ce n’est pas très média mainstream, mais ça va toujours où porte une connexion vers ce 6e continent qu’est l’internet. Et, de surcroît, et surtout, snapchat est un des nouveaux outils par lesquels le journaliste a, pour ainsi dire, perdu le monopole de la collecte de l’information et de sa diffusion. Mais, tout concurrencé qu’il soit, il reste au journaliste une éthique et une déontologie à laquelle les Niang Kharagne ne comprennent rien, si tant est qu’ils veuillent s’y plier s’ils les connaîtraient. La réputation controversée de certains et leurs pratiques sur les réseaux sociaux ne sont pas des plus orthodoxes.

Une recherche sur Google après y avoir tapé certains noms fournit des « exploits » édifiants sur ce nouveau type de reporters d’images auxquels une institution internationale recourt pour la couverture d’une de ses activités majeures. Le président du Parlement de la Cedeao croit tenir un journaliste reporter d’images. Tant mieux… C’est son droit… Et il dit y avoir mis son argent à cela. C’est toujours tant mieux, et aussi tant pis.

Et la presse dans tout cette « affaire » ? Elle s’indigne et ses membres réclament, de nouveau, à cor et à cri, l’adoption du Nouveau code de la presse qui devrait introduire une régulation rigoureuse dans la profession et en écarter les usurpateurs et les gredins. Mais, la polémique sur le « reporter » Niang Kharagne est presque une non-affaire. La presse peut consacrer ses débats à des urgences et à des priorités. C’est parce qu’elle s’est trop ouverte – et ce jusqu’à une certaine générosité démagogique – que la presse s’est retrouvée dans le piège de son tout-venant et de sa « racaille ».

La profession de journaliste au Sénégal s’est mentie à elle-même en croyant que tout postulant peut être journaliste ou reconverti tel. Le résultat – disons plutôt la conséquence – est désastreux pour l’image ébréchée du journalisme que les organes de régulation et d’autorégulation s’escriment à replâtrer. Une tâche bien ardue…

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