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Guy Marius Sagna ne veut pas d’un « protocole de camp pénal »

En détention depuis trois mois, Guy Marius Sagna a écrit une deuxième lettre où il réitère ses positions, écartant tout arrangement avec le régime de Macky Sall.

Quand j’entends des proches de Macky Sall régulièrement épinglés par tous les corps de contrôle de l’Ige montrant les dossiers qui ne sont jamais transmis à la justice, dire que ma place est en prison, je réprime mon sourire pour ne pas manquer de respect à la mémoire des pêcheurs morts dans la Langue de Barbarie, aux ex-travailleurs de la Sotrac courant derrière 9 milliards, à nos concitoyens de Fass Tiékéne où moins des 39 villages ne sont pas électrifiés, aux surveillants pénitentiaires qui ont à peine 50.000 Fcfa d’indemnités de logement…

Quand on détourne les ressources du peuple et que celles-ci au lieu de prendre le chemin des champs de nos braves papas, des villages et quartiers, des écoles et des hôpitaux, prennent les voies vers Chicago, Bruxelles, Barça dans les comptes en banque de nos élus, on finit par détourner sa justice. Au lieu d’arrêter les voleurs des derniers publics, Macky Sall arrête leurs victimes qui remplissent les prisons. Au lieu d’ouvrir des instructions judiciaires sur le Coud, le Cices, le Port, la Poste, le Prodac…, l’Etat néocolonial arrête ceux qui luttent pour son abolition et détourne des procédures judiciaire pour garder le plus longtemps possible en prison des abolitionnistes anti-impérialistes, panafricains.

Pauvre doyen des juges Samba Sall !

Le voilà avec deux instructions judiciaires sur ma modeste personne en moins de 04 mois. Alors que la première instruction sur une accusation de fausse alerte au terrorisme est encore en cours depuis juillet 2019, il ouvre une autre instruction depuis le 04 décembre. L’histoire ne se répète jamais. Quand cela semble arriver, c’est sous la forme d’une comédie ou d’une tragédie. Alors comédie ou tragédie judiciaire, l’avenir nous dira.

En attendant, je suis à la chambre 8 du quartier de haute sécurité (QHS8) de la prison du Camp pénal. Il existe ce qu’on appelle des prisons de «type f » qui sont équipées exclusivement de cellules pour une à trois personnes. Ces prisons s’inspirent des prisons supermax des Etats-Unis qui visent à mater des prisonniers déclarés incontrôlables et qui sont confinés comme nous l’apprend Angela Davis «à divers degrés d’isolement temporel ». Le camp pénal n’est pas une prison de «Type f » mais une maison classique avec dortoirs. Mais son quartier de haute sécurité (QHS) a les mêmes cellules que les prisons de «type f ». En Turquie en 2000, des prisonniers turcs ont observé une grève de la faim à mort afin de protester contre la décision gouvernementale d’introduire des prisons de « type f ».

En 2002 plus de 50 prisonniers turcs sont morts des suites de leur grève de la faim. Amnesty International nous informe qu’en 2000, 30 prisonniers ont été tués lors d’affrontements avec les forces de l’ordre dans une vingtaine de prisons à travers la Turquie dans la lutte contre ces prisons de « type f » qui sont des dispositifs d’isolement facilitant les mauvais traitements et la torture. Le Camp pénal n’est pas une prison de « type f » mais en son sein, son QHS a été construit exactement comme une prison de « type f ». Il y a une partie du compte rendu de Human Rights Watch de l’année 2002 qui parle de ces prisons de « type f » en Turquie qui fait réfléchir sur le cas GMS. Bien que les autorités carcérales justifient la nécessité de ces prisons supermax en arguant qu’elles abritent uniquement les individus les plus dangereux, fauteurs de troubles ou fugitifs potentiels. Il existe peu de garde-fous pour empêcher d’autres prisonniers de se voir transférer de façon arbitraire ou discriminatoire vers ces établissements. En Australie l’inspecteur des services de détention a découvert que certains détenus sont confinés indéfiniment dans des unités spéciales de haute sécurité sans savoir pourquoi, ni pour combien de temps. Peu importe le lieu, la durée et le nombre de détentions arbitraires, nous ne transigerons jamais. Il n’y aura ni arrangement, ni protocole de camp pénal, ni déportation entre nous et les sales représentant du colonialisme.

Malheureusement pour Macky Sall et le ministre de l’intérieur, je suis Sénégalais et donc ils ne peuvent pas m’expulser du Sénégal comme ils ont su malheureusement expulser Kemi Seba du Sénégal pour la deuxième fois.

Nous avons choisi de mettre nos vies en jeu afin de sortir le Sénégal et l’Afrique de ce jeu politicien, néocolonial, parasitaire de nos élus qui nous maintiennent dans la pauvreté, la domination. Nous ne sommes pas obligés d’accepter le Sénégal, l’Afrique et le monde tels qu’ils sont. Nous avons choisi la liberté plutôt que la peur. La lutte continue. Les peuples vaincront.

PS : Tout mon soutien aux travailleurs de l’ex-Sotrac, aux étudiants de Wuhan, aux victimes d’accaparement de terres et de démolition de maisons de Tivaouane-Peulh, Guéréo, du département de Mbour, …

Guy Marius Sagna

Prisonnier politique au Sénégal depuis trois mois

Prison du camp pénal

« QHS8 »

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